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Publié : 5 octobre 2015

Chronique de Paul HERPIN 8 : Le blues de l’automne

Déjà 15 jours que je n’ai pas écrit de chronique. Plusieurs fois, j’en ai eu pourtant l’idée mais, à chaque fois, j’ai remis mon ouvrage à demain. J’ai bien eu l’idée la semaine passée d’évoquer le trac, le stress que je n’ai jamais cessé d’avoir une veille de classe. J’en ai eu l’idée car, cette année, je bénéficie d’une décharge à 33% c’est-à-dire pour parler clairement que, un ou deux jours par semaine, je ne fais pas classe pour m’occuper des « papiers » de l’école. Et bien je peux vous dire qu’une veille de jour de « bureau » ne ressemble en rien à une veille de jour de classe. De cette peur d’avant classe, j’en avais parlé avec l’un de mes maîtres, Jean LEMOINE, qui m’avait confié à cette occasion que lui aussi était mort de trouille avant d’arriver devant ses élèves. « On ne veut pas de vous ! » craignait-il, en effet, entendre. Jean ? C’était un super instit’, ça m’avait rassuré, je n’étais pas un super instit’ pour autant, mais c’était donc un sentiment partagé, le souci de bien faire quoi ! Puis à la faveur d’un diner avec des amis, j’ai découvert également que, finalement, je ne tirais pas de grandes satisfactions d’avoir exercé ce métier. Je me surprenais à dire : « Si c’était à refaire, je ferais un autre métier, charpentier par exemple, parce qu’on construit quelque chose et qu’on a l’impression d’être utile ». L’aveu était clair, celui de se sentir impuissant face à des situations qui semblent nous dépasser, le constat également qu’on appartient à une institution où chacun tire dans son coin sans une véritable solidarité, ni complicité. On y entend beaucoup de « moi je… ». C’est un milieu professionnel où je ne me suis d’ailleurs jamais senti très à l’aise. Certains paraissent tellement sûrs d’eux qu’ils vous en mettent mal à l’aise. On a d’abord l’impression qu’on n’est pas à la hauteur, puis petit à petit, quand on se rend compte que dans tout cela il y a souvent beaucoup de flan, on reprend un peu le dessus. En tout cas, les gens avec qui j’ai aimé travailler ne m’ont jamais donné cette impression. Grâce à une confidence faite par une amie, collègue, j’ai compris aussi que le mensonge, dans ce métier, m’était vraiment insupportable. « Au cross, c’est moi qui m’occupe de tout, heureusement que je suis là ! » tels sont les propos vaniteux rapportés d’un collègue, pourtant, fort discret à l’occasion de ces compétitions enfantines. Depuis plusieurs années, ma proximité avec les profs d’EPS a fait que mon nom apparaît sur les invitations pour le cross du collège. Ils me citent, non pas pour ma compétence, mais parce qu’ils connaissent tout simplement mon nom ! « Les participants sont priés de contacter M. MOUCHEL » peut-on en effet y lire. .. Je n’ai pratiquement jamais été contacté par l’un de mes collègues preuve en est, sans doute, qu’on ne s’abaisse pas, dans cette profession, à négocier avec son égal, un « non gradé ». Remarquez, quand vous voyez la tête et le discours du gradé, le vrai, en place , c’est moi pour le coup qui ne veut plus parler. Alors quand vous vous êtes quand même occupé de l’essentiel et qu’un enseignant-touriste qui n’a quasiment rien fait, car rien compris, fait ce genre de déclarations citées plus haut, y a de quoi manger son chapeau. Ou bien avoir le blues de l’automne, oui je crois, ça doit être ça !